Plusieurs quartiers du Cap-Haïtien offrent un théâtre d’insalubrité. Les détritus s'amoncellent aux coins de diverses rues, débordent des caniveaux et finissent souvent par bloquer la circulation. « C’est une catastrophe sanitaire permanente », se lamente des résidents.
Ici, l’ONG SOIL a décidé d’inverser la tendance par un ambitieux projet de protection des ressources du sol, d'autonomisation des communautés et de transformation des déchets. Fondée en 2006, la Sustainable organic integrated livelihoods (SOIL) œuvre à la transformation des déchets en ressources économiques. Par son programme « Boucler la Merde », cet organisme américain de transformation des déchets ménagers et des matières fécales souhaite voir transformer le paysage environnemental haïtien, celui de la deuxième ville du pays en particulier.
Collectés par des agents et des familles sensibilisées à cette cause, les déchets sont transportés dans un centre de compostage, près de Limonade. Après les neuf mois que dure le processus de transformation, le compost est prêt à être utilisé pour le jardinage ou l'agriculture.
« Nous travaillons à améliorer la santé de la population par l'assainissement. Mais surtout, nous montrons aux gens que les déchets humains (matières fécales) peuvent être utiles », se réjouit Theo Huitema, directeur régional. Au centre-ville du Cap-Haïtien, à Shada, à Limonade et dans plusieurs autres communes ou quartiers du département du Nord, SOIL change déjà la donne. Des toilettes publiques pourvues de stations de lavage des mains et de douches ont été installées dans maints endroits pour permettre aux gens de faire leurs besoins et plusieurs tonnes de déchets ont déjà été transformé, en compost.
« SOIL fait la promotion d'approches intégrées aux problèmes de la pauvreté, la mauvaise santé publique, la productivité agricole et la destruction de l’environnement », expliquent les responsables dans leur document de travail. « Nous essayons de favoriser la créativité collective en développant des relations de collaboration entre les organismes communautaires en Haïti ».
Le travail de cet organisme est très apprécié dans la région. Beaucoup de citoyens pensent que l'assainissement écologique est la clé pour changer l’image de la métropole du Nord et réduire les risques épidémiologiques auxquels fait face la population.
De plus, de l’avis de plusieurs spécialistes en santé publique ou en urbanisme, cette approche est peu coûteuse vu qu’elle aborde simultanément un grand nombre de problèmes urgents : insalubrité, recyclage, reboisement, agriculture, création d’emplois, etc.
Comme le Cap-Haïtien, la plupart des villes du pays sont confrontées à de sérieux problèmes d’insalubrité. Seulement 10% des ménages ruraux haïtiens et moins de 25% de ceux des villes ont accès à des installations sanitaires adéquates. Les gens obligés de trouver d'autres façons de se débarrasser de leurs déchets les jettent souvent dans l'océan, les rivières, les ravins, les sacs en plastique, ou dans des maisons abandonnées. Dans le même temps, la production agricole est faible à cause de la pauvreté des sols, de l'érosion et du manque d'engrais.
Dans ce contexte, concilier gestion de déchets et production agricole serait à la fois transformer un environnement insalubre et intégrer des populations marginalisées. En cela SOIL offre un bel exemple.